Christophe Boursault
2008, Françoise Rod


Françoise Rod, 2008
____________________________

Cet humour transparaît avec plus de force dans son exposition personnelle à la Galerie Porte-Avion. L'artiste présente Pattern Painter, une installation picturale accompagnée de vidéos. La peinture est partout, de la toile elle se prolonge au papier, envahit les murs. Le tout relié par de gros scotch bruns, déborde des parois pour devenir graffitis, signes enlaçant et recouvrant un caddie où un personnage casqué, sorte de pantin désarticulé est affalé. L'installation aboutit sur un moniteur central projetant une vidéo ; un journaliste situé dans un champ faisant face à la Sainte Victoire s'adresse à un public télévisuel. Dans ce paysage bucolique fait de références à l'histoire de l'art, l'artiste car c'est bien lui, nous parle de Christophe Boursault avec une distance voulue et développe allègrement sur la notion de "croûte". Il erre également à Plan de Campagne cherchant désespérément une "veduta" mais ne trouvant que de grands espaces commerciaux. Les vidéos sont empreints de beaucoup d'humour et portent généralement sur des réflexions autour de la peinture et du statut de l'artiste, comme le petit film présenté plus en retrait mettant en scène l'artiste et son galeriste. Boursault brille parce qu'il réussit à maintenir un équilibre tendu entre le plaisir d'un déballage pictural excessif et la distance ironique qu'il possède face à la "déchéance" de la peinture. Cette tension n'est pourtant pas constamment présente, l'installation centrale déçoit un peu par sa mollesse, l'équilibre s'affaiblit parce que penchant trop vers un cynisme désabusé. Des cinq candidats au prix Mourlot, le gagnant est celui qui possède le plus de liberté créative et de verve expressive. Grâce au maniement conjoint de la peinture et de la vidéo, Boursault réussit à faire ressortir les contradictions du milieu artistique contemporain face à la pratique picturale.